GOLD’OR – Octobre 2001 – Joël Grandjean
Quinting, la transparence…
Etrange mystère que ces aiguilles qui tournent, sans qu’aucun support ne semble les y inviter ! Maîtrise d’une technicité nouvelle, magie d’illusionniste, allusion contemporaine aux aspirations de l’homme moderne, en proie à ses ablutions temporelles. La marque Quinting, fraîchement boostée par un apport financier, impose sa montre « transparente » des pourtours du Tour de Romandie au Moyen-Orient. Avec pour objectif d’être la petite reine de l’horlogerie manufacturière suisse…
Deux hommes font l’histoire de cette nouvelle-venue dans le segment du haut-de-gamme puisque le modèle de base, dans son écrin fabriqué à partir d’un oeuf d’autruche, affiche un prix de 14’550.- francs suisses.
Le premier, René Quinting, jeune ingénieur allemand venu du l’automobile, il décide de créer, en février 1993, une montre-bracelet entièrement transparente. Entouré de deux acolytes, Willy Cleusix pour le design et Norbert Perucchi pour le développement technique, il n’hésite pas à sortir des sentiers battus. En résulte une réalisation inédite, faite de 223 pièces toutes spécialement usinées manuellement dans des ateliers à Saint-Blaise (NE). En découle la non-usurpation d’un titre de « Manufacture » Swiss Made et la totale indépendance en termes de fabrication.
Une casquette pour une autre
Le second, installé aux commandes opérationnelles depuis le début de cette année, est un Valaisan, Pascal Berclaz, ingénieur électrotechnique de formation. Tournant le dos à une vie de chercheur chez ABB, il s’attaque brillamment à Genève à une licence en sciences économiques. Son mémoire porte sur « les ingrédients à mettre dans une société pour en augmenter la valeur boursière ».Eprouvés dans la pratique, ses conseils et constats le font expert financier. Ses avis comptent, son know-how se monnaie. Ainsi, il peut injecter, au grand dam de ses pairs, deux millions de francs suisses dans Quinting.
Happé par la passion de cette nouvelle aventure, Pascal Berclaz troque sa casquette d’auditeur financier pour celle de patron horloger. Ses concepts de restructuration sont à l’opposé de dégraissements et autres avatars d’une rationalisation-course au profit. Preuves en sont la phase actuelle d’embauche, et, à l’heure de ces lignes, la prévente de toute la production 2001. Il mise à fond sur la « plus-value » immatérielle d’un produit horloger en phase avec son temps, totalement innovateur dans son matériau, par sa technique. Un garde-temps à part, chronographe électro-mécanique, à forte identité, reconnaissable et fascinant, issu de prouesses techniques et d’aspirations élévatrices.
Frémissements des désirs
Bien que rompu aux savantes prévisions de développement et aux analyses de marché, ce familier des stratégies complexes se laisse guider en matière de distribution, petite production oblige, par les opportunités humaines de son entourage. Sa présence au Moyen-Orient, dans les Emirats ou en Arabie Saoudite est due à la rencontre avec un « commercial » abonné à ces contrées. Sur les mêmes bases, d’autres marchés se sont déjà ouverts. Il sait s’en contenter, préférant bétonner par un soutien publicitaire l’image naissante et le frémissement des désirs d’achats.
Ce qui ne l’empêche pas en amont, en gestionnaire qu’il restera, de fourbir ses armes marketing, de renforcer la qualité et le service après-vente, d’étudier en langage statistique tout écho du terrain.
Pour lui, la Suisse est plus qu’un marché vitrine. Il investit donc dans une opération publicitaire étonnante. Lui qui prône l’image d’une marque non accessible au commun des amateurs, il devient partenaire principal du « Tour de Romandie » dont il assure le chronométrage, et fin août, de la « Züri-Metzgete », coupe du monde de cyclisme. Pourquoi un sport si populaire, le troisième en Suisse après la marche et le ski ? Parce que le possesseur d’une Quinting a besoin de cette reconnaissance toute spéciale qui consiste à percevoir dans le regard de l’autre, la certitude qu’il arbore un produit d’exception. Il roule ainsi sur les traces d’Incabloc, qui, dans la compétition cycliste de l’après-guerre, eut son heure de gloire.
Stratégie compréhensible pour cette société qui n’a pas encore les moyens d’une communication grand public, excepté celle que le monde du vélo peut lui offrir, le seul à autoriser qu’un nom d’équipe soit celui d’un sponsor.
Le Club
Accessoirement, l’acheteur Quinting pourra appartenir au « Quinting Mobile Club », ouvert aux amoureux de la Transparente. Une structure qui, subrepticement, contribuera à la portée des couleurs de la marque, au fil des déplacements routiers de ses membres…
Après ce premier tour de piste, cette entrée en scène réussie, la marque Quinting dont la production 2002 prévoit un millier de pièces et le lancement d’une collection féminine, envisage conserver le maillot transparent d’une nouvelle course horlogère encore en cours d’écriture.